Nous accueillons en ce début juin pour deux semaines de résidence à l’Axoso l’artiste multidisciplinaire lazza gio. Ce temps sur place lui permet de poursuivre son projet en cours. Une opportunité d’expérimenter, d’approfondir sa recherche et d’explorer de nouvelles pistes de création en vue de l’élaboration d’un premier projet d’album. 

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@lazza_gio

« Je développe un projet d’album qui me place surtout dans une position d’apprenant. Je l’ai souvent dit, et je le crois : moi je ne saurai faire que ce que j’apprends et je n’ai (presque) aucune prétention à ce sujet. « fake it til you make it ». J’ai la détermination de vouloir apprendre à produire ce que je veux entendre. Donc je fais l’exercice de réunir les outils auxquels j’ai accès pour y arriver. Je commence ma journée vers 9H30 et j’écoute de la musique, je regarde des tutoriels et je prends des notes. J’alimente le dossier commun que je partage avec une personne qui suit de près mon projet (on fonctionne selon des thématiques : voix, drums, traitements de mix, etc…). Concernant les tutos, c’est souvent des vidéos que j’ai sauvegardé sur instagram ou YT que je refuse de voir pourrir en doom-scroll/save. Donc je me garde un premier moment pour aller tout revoir et prendre note des outils qui ont retenu mon attention et ensuite, je les vire de mes sauvegardes. Puis, si j’ai un doute par ci par là, c’est pareil, je m’informe et j’espionne, je vole. J’affine des outils qui évoluent constamment et qui sont indissociables du processus de création. Parfois ça me donne le vertige car je voudrais pouvoir faire des choses ou entendre des choses que je ne suis pas encore capable de produire. Mais j’apprends à lâcher-prise et de faire confiance au processus. Être ici, dans ma ville pour une fois pour une résidence (je suis souvent en France) me permet déjà d’être à l’aise et proche des mes repères. Cela me permet aussi de produire des choses tout en restant à l’écoute de ce qui m’entoure — de me balader pendant ma pause, de prendre soin de moi, et donc des récits que j’essaie de mettre en forme. J’aime l’idée de prendre un temps pour préciser et réaliser des choses qui n’étaient que des bribes, ou des bouts. Si je ne m’occupe pas de moi, je m’occuperai mal de mon projet également. J’écris, je réécris, je simplifie. Je ne complexifie pas, je précise. Ça me prend du temps et ça fait sens car ça va de pair avec mon évolution personnelle. J’expérimente avec les outils qui sont sur place aussi. J’écoute les autres, il y a du passage à l’Axoso et je suis inspiré par la spontanéité des autres résident·es qui répètent ensemble, qui font groupe (et dont, par ailleurs, la musique est très belle). Me concernant, je m’attaque à des problématiques précises, j’ai un plan et j’essaie de cocher des cases pour être sûr de pister une avancée ou un recul. J’évite de me retrouver dans un scénario où je me trouve pas assez bien, pas assez compétent, « pas assez ». J’ai déjà eu tendance à m’auto-saboter à la recherche d’une certaine perfection – mais ça c’est quand mon égo prend le dessus. A nuancer encore, car il y a à la fois ne pas savoir lâcher-prise et puis vouloir se préciser. Il ne faut pas que je me perde dans le trou qui sépare les deux. J’ai déjà tout défait par certitude de pouvoir faire mieux (alors que les versions antécédentes étaient mieux) et encore une fois, je pense que ça fait partie de mon processus – je ne fais de la musique que depuis 3 ans dont 2 ans passés à faire des concerts, où je changeais à chaque fois presque toutes les versions de mes morceaux afin qu’ils puissent sonner sur des supports de différentes ampleurs. Je me suis épuisé à vrai dire. Je n’ai donc pas eu beaucoup de temps pour me mettre sur pause. C’est depuis septembre que j’ai tiré l’alarme et que je prends du recul. Pas de concerts, un moment de retrait. Au début de cette année je me suis attelé à ce projet. En ce moment, je passe les morceaux en revue un à un et je suis à la recherche de quelque chose de plus juste, plus essentiel. Qu’est-ce qui tient un morceau quand on lui enlève les assemblages parfois un peu cache-misère ? Comment faire évoluer UNE idée ? Ça demande de s’informer sur les structures de la musique, ça demande aussi de développer sa palette, ça demande tout un tas d’outils. Concrètement, je précise des idées et je choisis des directions. Je réfléchis à l’essentiel tout en essayant de ne pas me limiter. Pour éviter de rester dans ma tête, je partage mes doutes. Je fais appel à certaines personnes, et j’essaie de m’en remettre à la fois à mon avis mais à celui d’autres également. C’est uniquement comme ça que je me vois construire quelque chose qui pourra durer.«